Le gouvernement Arizona (De Wever-Bouchez-Rousseau-Prévot) instaure en Belgique une politique trumpiste. Il ne s’agit pas d’une copie conforme de la politique de Trump, mais elle s’inscrit pleinement dans la tendance à une forme autoritaire de gestion capitaliste. Nous souhaitons étayer cette affirmation à l’aide d’une série d’articles, dont voici la première partie. De Wever et ses acolytes accordent peut-être un peu plus d’attention à la présentation de leur politique que Trump, mais le contenu politique est le même. Une politique étrangère plus brutale, explicitement coloniale et impérialiste, s’accompagne d’une évolution autoritaire sur le plan intérieur, tant en matière de droits démocratiques que sociaux.
La classe capitaliste change de cap et souhaite une politique plus agressive pour garantir sa domination économique et politique. L’évolution ne va pas dans le sens d’une plus grande démocratisation, d’un monde plus libre, de la résolution de problèmes mondiaux tels que le changement climatique ou la pauvreté. Ce discours, qui n’a jamais été une véritable intention mais un argumentaire de vente, est en miettes. Il s’agit d’une évolution vers un colonialisme plus brutal et sans complexe, entraînant notamment des génocides, vers une lutte impérialiste entraînant notamment des guerres et l’armement, vers un virage autoritaire en Amérique du Nord et en Europe occidentale.
La lutte militaire contre les concurrent·e·s ou l’exploitation des relations coloniales s’accompagne d’une répression de toute forme d’opposition sociale dans le pays même. Trump va déjà très loin dans cette voie. De Wever et ses acolytes doivent tenir compte de la force de la résistance sociale. Mais ne nous faisons pas d’illusions. Ici aussi, ils explorent toutes les possibilités pour en finir avec les droits démocratiques et sociaux. Leur objectif est la défense brutale de la classe capitaliste belge, dans le but d’un transfert encore plus massif de la richesse et du pouvoir mondiaux de la classe ouvrière vers le capital belge et international.
Le Trumpisme à la belge : autoritarisme et retour du colonialisme
Le trumpisme, ou capitalisme autoritaire, n’est pas un accident ni le résultat temporaire d’élections. Ce n’est pas une anomalie ni un phénomène purement américain. Il s’agit de l’extension d’un régime capitaliste autoritaire qui était déjà courant depuis longtemps dans de nombreux pays du Sud, mais qui, en raison des luttes de classe et des compromis, avait cédé la place à un pacte social dans les pays impérialistes occidentaux. Dans le cadre de ce pacte, certaines parties de la classe ouvrière ont obtenu une forme d’État-providence et un certain nombre de droits sociaux, mais les capitalistes ont conservé le pouvoir.
Le néolibéralisme a brutalement brisé ce pacte social en Occident, sapant ainsi la base sociale du système. Ici aussi, la domination du capital ne peut plus être imposée par le dialogue social ou les illusions démocratiques, mais nécessite le recours à la force brute. Cette force brute était déjà présente depuis longtemps à l’égard des plus vulnérables ou des moins privilégié·e·s. Le pacte social n’a jamais concerné l’ensemble de la classe ouvrière.
Le gouvernement de l’Arizona a clairement choisi de s’engager dans cette voie. En tant que ministre de la Défense, ou plutôt de la Guerre, Theo Francken a participé début février à une conférence internationale sur l’exploitation minière. De Morgen s’est entretenu avec Francken et a rendu compte de sa nouvelle approche :
« Selon lui, il est temps de rétablir, dans la mesure du possible, notre position historique dans l’approvisionnement en matières premières critiques. Il se tourne principalement vers le continent africain. Et plus précisément vers l’ancienne colonie belge du Congo. Un pays au sous-sol particulièrement riche qui a déjà été cartographié en détail. La Belgique fournit une aide au développement et va bientôt recommencer à former l’armée congolaise. »
La Belgique a toujours entretenu une relation néocoloniale avec le Congo, l’État servant les intérêts des capitalistes belges dans la région. Ce que Francken préconise aujourd’hui, c’est une politique coloniale plus agressive et plus explicite, sans trop d’obstacles éthiques ou moraux. Dans la même interview, il déclare :
« Typiquement européens, nous plaçons la barre beaucoup trop haut pour nous-mêmes. On ne peut pas faire des affaires dans un pays comme le Congo de cette manière. Nous ne nous mettons pas soudainement à pratiquer une exploitation minière plus éthique. Nous ne faisons tout simplement plus d’exploitation minière. »
Il fait ici référence aux directives européennes qui permettent désormais de tenir les entreprises légalement responsables d’éventuels abus en matière de droits de l’homme et d’environnement dans leurs chaînes d’approvisionnement. Pour Francken, c’est trop de « woke ».
Francken rejoint ainsi parfaitement la vision défendue par Marco Rubio, ministre des Affaires étrangères des États-Unis, lors de la conférence sur la sécurité à Munich. Son discours était un appel sans détour à embrasser le passé colonial de l’Occident et à redéfinir l’« ambition civilisatrice » occidentale. Nous citons ce discours en détail, car il reflète exactement la base idéologique du trumpisme.
« C’est la voie que le président Trump et les États-Unis ont empruntée. C’est la voie que nous vous demandons, ici en Europe, de suivre avec nous. C’est une voie que nous avons déjà parcourue ensemble et que nous espérons parcourir à nouveau ensemble. Pendant cinq siècles, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident était en expansion : missionnaires, pèlerins, soldats et explorateurs affluaient depuis les côtes pour traverser les océans, s’établir sur de nouveaux continents et bâtir de vastes empires qui s’étendaient à travers le monde entier.
Mais en 1945, il s’est rétréci pour la première fois depuis l’ère de Colomb. L’Europe était en ruines. La moitié de son territoire vivait derrière un rideau de fer et le reste semblait sur le point de suivre. Les grands empires occidentaux étaient entrés dans un déclin irréversible, accéléré par des révolutions communistes impies et des soulèvements anticolonialistes qui allaient changer le monde et, dans les années à venir, recouvrir une grande partie de la carte du monde du marteau et de la faucille rouges.
Dans ce contexte, beaucoup, à l’époque comme aujourd’hui, en sont venus à croire que l’ère de la domination occidentale avait pris fin et que notre avenir était voué à n’être qu’un vague et faible écho de notre passé. Mais ensemble, nos prédécesseurs ont compris que le déclin était un choix, et c’était un choix qu’ils refusaient de faire. C’est ce que nous avons fait ensemble par le passé, et c’est ce que le président Trump et les États-Unis veulent faire à nouveau aujourd’hui, avec vous.
C’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés soient faibles, car cela nous affaiblit. Nous voulons des alliés capables de se défendre eux-mêmes, afin qu’aucun adversaire ne soit jamais tenté de mettre notre force collective à l’épreuve. C’est pourquoi nous ne voulons pas que nos alliés soient enchaînés par la culpabilité et la honte. Nous voulons des alliés fiers de leur culture et de leur héritage, qui comprennent que nous sommes les héritiers d’une même grande et noble civilisation, et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre. »
La réaction de Joren Vermeersch, l’un des idéologues attitré·e·s de la N-VA, à ce discours était éloquente : « Top type, top discours, top vision ».

Le régime Trump ouvre manifestement la voie à ses allié·e·s idéologiques pour exprimer plus explicitement et sans retenue leur rhétorique et leur politique coloniales. Afin d’élargir le soutien à cette orientation, des idées réactionnaires et racistes sont diffusées de manière systématique pour justifier, comme par le passé, la politique coloniale.
C’est là que se trouve la raison pour laquelle, malgré des mouvements impressionnants contre toutes les formes d’oppression, on assiste néanmoins à une augmentation d’idées et de pratiques explicitement patriarcales, racistes, hétéronormatives, validistes et neurotypiques. Ces idées sont diffusées dans leur forme la plus explicite par une faction radicale de l’extrême droite et deviennent de plus en plus mainstream. En Belgique aussi, le gouvernement de l’Arizona sert finalement cet agenda.
Dans De Morgen, Pieter Stockmans a réagi à juste titre :
« Le message de Rubio n’était pas rassurant, mais alarmant : purifier l’Europe du “woke”, de la politique climatique, de la protection sociale et de la démocratie libérale, en échange de la protection américaine. Le fait que Rubio ait reçu une ovation debout pour cela est inquiétant. »
Investir dans les armes et l’impérialisme
Afin de protéger les intérêts du capital belge à l’échelle internationale, le gouvernement oscille entre une ligne atlantiste préconisée par Rubio et une politique de défense européenne qui peine à voir le jour, avec une certaine indépendance vis-à-vis des États-Unis. Les deux options ne s’excluent pas nécessairement et s’inscrivent parfaitement dans la même ligne : une participation beaucoup plus active à la lutte pour l’influence et le pouvoir, avec la guerre comme horizon ultime.
Tous·tes les jeunes Belges âgé·e·s de 18 ans ont reçu une lettre les invitant à envisager de s’engager dans la défense. L’objectif n’était pas un recrutement massif, mais de normaliser l’idée que la guerre est une réalité dont nous devons tenir compte.
L’asbl Vrede a montré que les dépenses militaires belges ont plus que doublé entre 2015 et 2024, passant de 3,8 à 7,9 milliards d’euros. Selon la Vision stratégique du gouvernement, un bond à 12,76 milliards d’euros était prévu en 2025. Ce bond a plus que triplé les dépenses militaires en dix ans.
Ces fonds doivent permettre au ministre de la Défense Theo Francken d’investir 34 milliards d’euros dans les systèmes d’armement au cours des prochaines années : drones, avions de combat, frégates, véhicules blindés, défense aérienne, cybercapacités et munitions. L’industrie de l’armement est la grande gagnante.
Du 12 au 15 mars, un salon de l’armement se tiendra pour la première fois en Belgique, au Heysel. L’industrie de l’armement, pour qui la guerre et les génocides sont un modèle économique, connaît une période faste et est impatiente de vendre ses « produits » de destruction.
L’armée belge se prépare à participer activement aux rivalités interimpérialistes. Ce n’est pas un hasard si c’est Theo « Trump » Francken qui est chargé de diriger cette opération : il est l’un des ministres les plus ouvertement trumpistes de l’Arizona. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, s’inscrit lui aussi dans cette logique. À quelques jours du début de la guerre impérialiste contre l’Iran, il n’exclut pas que notre pays soit lui-même impliqué dans le conflit. « Nous devons rester vigilants au cas où nos alliés des États du Golfe solliciteraient le soutien de l’Europe. »
Francken a également été l’un des plus fervents défenseurs d’Israël, du sionisme et, en fin de compte, du génocide. Le 1er octobre 2024, il a écrit :
« Quiconque examine la situation dans son ensemble ne peut guère faire autrement que de soutenir Israël dans ses ambitions géopolitiques. C’est ce qui offre les meilleures garanties pour la sécurité de l’Occident. »
L’État sioniste actuel d’Israël est un instrument de l’impérialisme occidental. Le gouvernement belge ne laisse planer aucun doute sur le fait qu’il s’inscrira dans cette logique impérialiste. Notre lutte pour investir en Belgique dans la sécurité sociale plutôt que dans l’armement est indissociable de la lutte pour la libération de la Palestine et contre l’agression impérialiste dans toute la région.
Racisme et criminalisation de l’opposition
Les réfugié·e·s et les sans-papiers sont une cible prioritaire du trumpisme. Iels peuvent facilement être utilisé·e·s comme boucs émissaires. Lorsque vous brisez les mécanismes de solidarité avec les plus faibles, vous ouvrez la voie à la destruction des principes de solidarité.
Les centres d’accueil disparaissent et les réfugié·e·s sont livré·e·s à eux·elles-mêmes. Les procédures sont renforcées et les droits sont érodés. Les gens sont délibérément maintenu·e·s dans l’incertitude et parfois littéralement mis·es à la rue. Dans le même temps, iels sont présenté·e·s comme des profiteurs qui menacent « notre » sécurité sociale, nos logements et nos emplois — une représentation politiquement utile mais complètement fausse.
En réalité, les réfugié·e·s sont marginalisé·e·s en ne leur donnant aucune possibilité légale de construire leur vie en Belgique. Il en résulte une importante réserve de main-d’œuvre sans droits, fortement exploitée dans des secteurs tels que le nettoyage, l’hôtellerie, la logistique, l’agriculture et les soins de santé. En raison de leur statut précaire, iels font baisser les salaires et les conditions de travail pour tout le monde.
Le racisme sert ici à la fois de paravent et de levier : il divise la classe ouvrière selon des critères raciaux et légitime des mesures autoritaires qui peuvent ensuite être utilisées contre tout le monde.
La loi sur la déchéance de nationalité – qui permet de retirer la nationalité belge aux personnes ayant la double nationalité – a été adoptée comme une loi symbolique. En conséquence, il existe en Belgique deux catégories de citoyen·ne·s : les « vrais Belges » et les autres. Mais ne vous y trompez pas : même les « vrais Belges » qui défendent les migrant·e·s sont criminalisé·e·s et privé·e·s de leurs droits fondamentaux.
Cette politique explicitement raciste sert d’une part à justifier une politique coloniale et d’autre part à démanteler les droits démocratiques dans le pays même.
Le Premier ministre belge a plaidé en faveur de la dénonciation des traités internationaux qui garantissent les droits des migrant·e·s. Le gouvernement a été condamné à plusieurs reprises, mais ignore des dizaines de décisions judiciaires. La Ligue des droits de l’homme commente cette évolution en ces termes :
« La particularité de ce moment politique est que tous les piliers de la démocratie sont simultanément remis en cause : l’État de droit, les droits humains — civils, politiques, économiques, sociaux et culturels — ainsi que les principes d’égalité et de non-discrimination. »
Toute forme d’opposition est de plus en plus criminalisée et considérée comme un ennemi intérieur. Le projet de loi Quintin, dénoncé par la coalition Recht op Protest (Droit de manifester), en est un exemple. Il s’agit d’une attaque frontale contre nos droits civils : il porte atteinte au droit d’association, restreint la liberté d’expression et le droit d’agir et de manifester.
De plus en plus d’instruments administratifs sont créés pour permettre les sanctions et la répression. L’un des exemples les plus absurdes est l’amende infligée aux citoyen·ne·s qui protestent contre le génocide, le racisme ou le sexisme en dessinant à la craie.
Dans plusieurs villes, ces expressions ont été sanctionnées par les autorités locales, comme si des messages temporaires écrits à la craie sur les trottoirs constituaient une menace pour l’ordre public.
À première vue, cela peut sembler risible. Mais la répression et la discipline ne se font pas uniquement à coups de matraque ou de spray au poivre. Elles prennent souvent des formes plus subtiles : amendes GAS, sanctions administratives, conditions d’octroi de permis, interventions policières sans poursuites pénales. Ces techniques sont moins visibles que la violence physique, mais n’en sont pas moins efficaces pour dissuader les protestations.
L’Institut fédéral des droits de l’homme met explicitement en garde contre cela dans son dernier rapport :
« Une tendance claire se dessine depuis quelques années : […] les autorités locales prennent des mesures répressives sans les mêmes garanties juridiques que dans une procédure pénale. »
Les sanctions administratives permettent de punir les citoyen·ne·s sans les garanties classiques du droit pénal : pas de juge indépendant au préalable, seuil de preuve moins élevé, possibilités de défense limitées. Cela aboutira à un système dans lequel les manifestations et les contestations pourront être sanctionnées plus rapidement et plus facilement.