Militarisation et guerre ? Questions et réponses

Les questions de la guerre, de la militarisation et de la violence pèsent de plus en plus lourdement dans de nombreuses régions du monde. La peur des bombes et des drones russes chez les Ukrainien·ne·s ordinaires. La terreur d’État du sionisme qui, année après année, détruit des vies palestiniennes. Des frères, des sœurs, des parents… arraché·e·s à la vie. Des images choquantes du génocide des Palestinien·ne·s se diffusent dans le monde entier via nos téléphones portables. Elles suscitent des sentiments de colère et une protestation persistante. Mais parfois aussi des sentiments d’impuissance, d’amertume et, chez certain·e·s, de fatalisme.

À travers quelques questions et réponses, nous souhaitons, dans cet article, approfondir la question de la montée de la militarisation et de la menace de guerre. Quelles en sont les raisons sous-jacentes ? La militarisation mise en œuvre par les gouvernements des patrons va-t-elle nous rendre « plus en sécurité » ? La classe dirigeante utilise-t-elle le « keynésianisme militaire » pour sortir l’économie du marasme ?

Et quelle position les travailleur·euse·s et les jeunes qui luttent contre l’oppression et la guerre doivent-iels adopter ? Quelle attitude devons nous éviter ? Des parties du syndicat socialiste de FN Herstal – le fabricant d’armes – sont tombées dans le piège des patrons du complexe militaro-industriel qui se calquent sur les ambitions belliqueuses de l’impérialisme. Les organisations syndicales des employé.e.s et pour partie des ouvrié.ères de la FN Herstal ont critiqué l’appel à la participation à la manif anti-guerre.

Se rallier à la militarisation – et faire une alliance corporatiste avec les patrons – est désastreux si nous voulons créer l’unité entre toutes les victimes du système capitaliste. Les traumatismes, les morts, les mutilations, la terreur mentale… se produisent principalement dans le Sud. Au cours des décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique et la dissuasion mutuelle entre le capitalisme occidental et le « communisme » – comprenez : le stalinisme – ont assuré une absence temporaire de guerres dans les pays impérialistes eux-mêmes.

Dans cette nouvelle ère de désordre – marquée par le protectionnisme et l’intensification des conflits impérialistes – la menace de guerre devient cependant de plus en plus tangible pour un groupe croissant de travailleur·euse·s et d’opprimé·e·s.

1/ « Quelle est la raison de la recrudescence des guerres ? »

Outre l’Iran et l’Ukraine, une série de pays sont marqués par des guerres effroyables. Au Soudan, plus de 150 000 personnes ont perdu la vie dans une guerre civile. Le Congo connaît des violences génocidaires dans une lutte sanglante pour les ressources et le pouvoir. En Asie occidentale – en Syrie, en Turquie et en Iran – la population kurde se voit privée par la force de son droit à l’autodétermination. En Asie, les tensions entre l’Inde et le Pakistan ne cessent de croître, ce qui a temporairement dégénéré en conflit armé en mai dernier.

Selon l’Uppsala Conflict Data Program, le nombre de conflits interétatiques a presque doublé depuis 2010, passant de 31 à 61 en 2024. L’UCDP a recensé 11 guerres en 2024. C’est le nombre le plus élevé depuis 2016. Le nombre de victimes mortelles dans les conflits entre États est, depuis 10 ans, plus élevé qu’au cours des années 2000. Le nombre de victimes mortelles dans l’ère post-guerre froide – après la chute de l’Union soviétique stalinienne – avait alors temporairement baissé. C’était une période où les journalistes établi·e·s affirmaient que le capitalisme mondial garantirait davantage de « paix et de démocratie ».

Ces perspectives reposaient sur des vœux pieux. Après la crise des marges bénéficiaires au milieu des années 70, les élites au pouvoir ont opté pour un démantèlement néolibéral afin de les rétablir. L’offensive antisociale a pris la forme de baisses réelles des salaires, d’austérité, de délocalisation des emplois, de privatisation des services publics, etc. Une analyse marxiste avait prévenu que l’ère de la mondialisation néolibérale finirait par déboucher sur de nouvelles crises économiques, des cycles plus faibles, et finalement sur le protectionnisme et une escalade des conflits impérialistes.

Cette ère plus instable et chaotique a commencé à s’imposer à partir du milieu des années 2010. Un facteur central a été la concurrence acharnée entre l’impérialisme américain et le capitalisme d’État émergent en Chine. Le libre-échange et les soi-disant « principes du marché libre » ont été jetés par-dessus bord. L’intervention de l’État – économique, géostratégique et militaire – gagnait du terrain. Notamment pour sauver temporairement le système, comme lors des crises économiques de 2008 et 2020, d’une crise encore plus profonde par la création monétaire.

La période de paix qui a suivi la Seconde Guerre mondiale dans les pays impérialistes centraux, comme en Europe, constituait une exception par rapport aux autres continents. Les travailleur·euse·s, les paysan·ne·s pauvres, les jeunes et les femmes… des pays coloniaux étaient toujours confronté·e·s au racisme et à la violence inhérents au capitalisme et à l’impérialisme.

Même après l’indépendance officielle de ces pays, après d’immenses mouvements de lutte mobilisant des millions de personnes, l’oppression et la violence impérialiste récurrente se sont poursuivies. Par le biais de coups d’État, d’invasions militaires, de blocus meurtriers,…

On pourrait dire qu’avec l’invasion de l’Ukraine, Poutine a commencé à appliquer la brutalité qui était généralement la norme dans le Sud global, désormais aussi davantage dans les centres impérialistes d’accumulation du capital.

Le capitalisme porte la guerre en lui comme les nuages portent la pluie, comme l’affirmait Jean Jaurès à la veille de la Première Guerre mondiale.

La tendance à l’intensification des conflits et de la guerre trouve une base objective dans le ralentissement de la croissance et l’accélération des crises du système (économiques, géopolitiques, crise climatique, etc.). Au sein des États, les droits et libertés sont sous pression et la loi du plus fort prend de l’ampleur dans les relations internationales du capitalisme. 

2/ « Le réarmement nous rend-il plus en sécurité, comme l’affirment les politicien·ne·s au pouvoir ? »

Qui est ce « nous » ? Dans l’intérêt de quelle classe s’inscrivent le réarmement et la nouvelle course aux armements ? Depuis des années, les moyens sont insuffisants pour les soins de santé, l’éducation, le logement social, etc.

Les besoins sociaux doivent désormais céder encore davantage la place aux besoins de la défense capitaliste. Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Pierre Wunsch, a récemment déclaré : « Nous étions déjà confronté·e·s à la hausse des coûts liés au vieillissement de la population et à la défense, et voilà qu’il faut désormais ajouter l’Iran à cela. Ces dernières années, je dois malheureusement répéter sans cesse le même message : en raison de notre déficit budgétaire élevé, nous n’avons plus la capacité d’amortir un choc, voire une récession. Si nous voulons prendre des mesures de crise, nous devons faire des économies. »

Cette situation résulte de l’enlisement du système capitaliste et du refus des politicien·ne·s bourgeois·es de chercher l’argent nécessaire aux besoins sociaux là où il se trouve : chez les grandes entreprises et les 1 % les plus riches.

Theo Francken souhaite porter les dépenses de défense à 2 % du PIB belge dans les années à venir. À la demande de Trump et de l’OTAN, ce chiffre devrait même passer à 5 % du PIB. Les milliards supplémentaires consacrés à la défense ne nous rendront pas plus en sécurité, car le cœur du problème n’est pas abordé. La cause de l’intensification des conflits et de la guerre est le système capitaliste qui s’enfonce de plus en plus dans la crise.

Comment pourrions-nous confier notre sécurité à des politicien·ne·s capitalistes tels que le Premier ministre Bart De Wever ou d’autres responsables européen·ne·s ? À l’exception récente de l’Espagne, ils ont pratiquement tous soutenu le génocide contre les Palestinien·ne·s à Gaza. Ces politicien·ne·s défendent l’extension du pouvoir des multinationales européennes vers l’Europe de l’Est, en Afrique, etc. Ils soutiennent une forteresse Europe aux frontières mortelles pour celles et ceux qui veulent fuir leur exploitation et les guerres.

Le conflit impérialiste occidental avec la Russie, l’Iran ou la Chine n’est pas une lutte entre « démocratie et dictature ». Ces derniers pays sont certes dictatoriaux face aux mouvements des travailleur·euse·s, des femmes, des minorités nationales, des personnes LGBTQIA+,…

Mais l’impérialisme américain ou les pays de l’UE n’ont jamais eu et n’ont toujours aucun problème à coopérer avec des dictatures – comme l’Arabie saoudite ou diverses dictatures en Afrique – si cela sert leurs intérêts économiques et stratégiques.

3/ « Quel est le rôle de l’OTAN ? Cette organisation militaire a-t-elle une raison d’être ? »

Mark Rutte, chef de l’OTAN, souhaite apporter son soutien à Trump dans sa guerre impérialiste contre l’Iran. Rutte a même déclaré – quel revirement ! – que Trump avait lancé ces attaques non provoquées « pour rendre le monde plus sûr ».

Le régime corrompu de Trump lui-même n’a laissé planer aucun doute sur sa volonté de contrôler le pétrole en Asie occidentale. Il souhaite également déstabiliser le régime iranien au service de l’État sioniste génocidaire, qui sert de point d’appui impérialiste local.

Le propagandiste de guerre et chef de l’OTAN Mark Rutte a déclaré en décembre, à la suite du conflit avec la Russie : « Nous devons nous préparer à une guerre comme celle que nos grands-parents ont connue ».

L’OTAN a été fondée en 1949 en tant qu’alliance militaire entre les États-Unis et une série de pays principalement européens, dont la Belgique. Elle avait pour objectif de défendre militairement les intérêts impérialistes occidentaux contre le bloc stalinien et contre les forces de gauche et révolutionnaires en Europe et au-delà.

L’OTAN n’avait pas pour but de soutenir les droits démocratiques. Lors de sa création, la dictature portugaise en était membre. Les États-Unis ont financé et fourni des armes au régime militaire grec entre 1967 et 1974. La Grèce est restée membre de l’OTAN pendant la dictature.

Après la chute du stalinisme à la fin des années 1980 – alors que sa raison d’être avait soi-disant disparu – l’OTAN s’est étendue à l’Europe de l’Est. Cela s’est produit en partie sous l’impulsion du complexe militaro-industriel américain et de ses intérêts financiers. C’était aussi un moyen de sécuriser stratégiquement de nouveaux marchés pour les multinationales occidentales.

Cette expansion dangereuse en Europe de l’Est – conjuguée à l’extension de l’UE néolibérale et capitaliste dans la région – a contribué à créer des tensions militaires et économiques avec la Russie. L’invasion de l’Ukraine par l’impérialiste régional Poutine et les crimes de guerre commis par ses armées sont condamnables. Mais l’expansion de l’impérialisme occidental en Europe de l’Est n’était pas non plus dans l’intérêt des travailleur·euse·s et des jeunes.

Aujourd’hui, Trump ne veut plus garantir la prétendue sécurité des pays européens par le biais de l’OTAN. Les classes dirigeantes européennes tentent de se construire leur propre base impérialiste en augmentant leurs propres dépenses de défense et d’armement.

Les intérêts communs avec les États-Unis subsistent en partie, bien que certain·e·s commentateur·ice·s – encore minoritaires pour l’instant – prônent une rupture avec les États-Unis et l’OTAN.

Une politique impérialiste européenne dite « indépendante » est toutefois contrecarrée par les contradictions politiques et économiques au sein de l’UE. On observe une tendance à la formation de coalitions ad hoc entre les « volontaires », afin de défendre ensemble des intérêts pro-capitalistes.

Les travailleur·euse·s, les jeunes et les communautés opprimées doivent rejeter l’OTAN. La Belgique doit se retirer de l’OTAN. Elle ne pourra jamais servir nos intérêts. L’alliance militaire n’existe que pour défendre les intérêts du capital et des 1 % les plus riches.

4/ « La militarisation va-t-elle assurer la croissance économique et nous rendre plus prospères ? »

Les économies européennes se trouvent dans un état de stagnation apparemment constant. Une contraction économique après la crise bancaire, puis la pandémie de Covid-19, ont été suivies d’une crise énergétique et d’une crise du pouvoir d’achat. Le protectionnisme de Trump et la baisse de la demande chinoise pour les produits européens (-10 % en deux ans) mettent désormais en péril le volet export de l’économie.

Cela entraîne un manque de confiance dans l’économie, tant chez la classe ouvrière que chez les entreprises. Il en résulte une accentuation de la tendance à l’accumulation de liquidités et un faible niveau d’investissements dans l’économie réelle des services et des biens. Nous sommes confronté·e·s à une crise de suraccumulation de capital.

Cette stagnation se fait surtout sentir dans les plus grandes économies de la zone euro, avec l’Allemagne en tête. C’est un problème dans un système qui mesure le succès des politicien·ne·s à l’aune de la croissance économique qu’iels sont censé·e·s créer.

Mais, regardez ! Poutine est à nos portes et les États-Unis ne sont plus un partenaire militaire fiable. La solution est donc évidente pour certain·e·s. Après la Guerre froide, on ne pouvait plus justifier des budgets militaires colossaux. Mais aujourd’hui, iels peuvent à nouveau attiser la peur et le nationalisme à plein régime. Investissons donc massivement les fonds publics dans les armes et nous relancerons l’économie en un clin d’œil !

Et oui, les données montrent que dans les économies développées, ces investissements stimulent la croissance économique. Mais une courbe ascendante sur un graphique ne dit pas grand-chose sur la prospérité réelle. Il est évident que les effets positifs profitent avant tout à l’industrie militaire elle-même. Lorsqu’elle investit dans du matériel militaire, l’État transfère des sommes colossales provenant des contribuables vers les comptes bancaires d’entreprises de défense, généralement privées.

De plus, l’idée du « keynésianisme militaire » part du principe que nous développons notre propre complexe militaro-industriel. Sans ce complexe, plus de la moitié des fonds destinés à l’achat de matériel est transférée vers les États-Unis. C’est déjà le cas aujourd’hui. Une demande accrue de matériel signifie de facto une demande accrue de produits que l’Europe ne fabrique que dans une mesure limitée.

Les politicien·ne·s capitalistes se disent : ne pourrions-nous pas alors investir dans un tel « complexe militaro-industriel » ? Les économistes (Wolff, Eichengreen,…) doutent que cela soit possible dans cette Europe. Les intérêts divergent trop d’un pays à l’autre, les règles sont (à juste titre sans doute) complexes, bon nombre des matières premières sont rares ici,…

L’université Brown affirme que si l’on vise à stimuler l’économie, cet argent ferait mieux d’être consacré à des projets d’infrastructure, à l’éducation et aux soins de santé. En effet, un euro que le gouvernement y dépense rapporte à terme davantage à l’économie qu’un euro supplémentaire consacré à l’armée.

Et il s’agit bien d’un choix entre « l’un ou l’autre » et non « l’un et l’autre ». De nombreux·ses chercheur·euse·s (Fan, Ikegami,…) parviennent à la conclusion que les dépenses militaires ont un effet d’éviction. 1 % supplémentaire pour la défense entraîne jusqu’à 0,62 % de moins pour les soins de santé : un effet du cadre budgétaire strict des gouvernements. C’est d’ailleurs dans les pays à faibles et moyens revenus que cet effet est le plus marqué. Tous les pays ne peuvent en effet pas profiter de l’hyper-exploitation du Sud… Pour la prospérité, les prévisions sont donc mitigées ; pour le bien-être, elles sont tout simplement néfastes.

La logique qui sous-tend les investissements militaires va bien sûr au-delà d’une simple relance, temporaire ou non, de l’économie. Elle suit les traces d’un certain nombre de grandes puissances militaires de plus en plus disposées à « défendre » leurs propres intérêts par la force des armes : l’accès aux marchés, au capital et surtout aux matières premières.

Les États-Unis ont attaqué le Venezuela pour obtenir un plus grand contrôle sur ses réserves de pétrole, de gaz et d’or. L’Ukraine est autorisée à continuer de se battre au nom de l’Occident tant qu’elle promet ses matières premières aux États-Unis. Dans le cadre de trois accords, dont deux secrets, l’Ukraine renonce à une partie de sa souveraineté pour continuer à se battre pour cette même indépendance.

Même aujourd’hui, alors que la Russie est en pleine guerre, seule l’UE dépense encore près de trois fois plus pour la défense. Si l’UE souhaite investir davantage dans ses armées, nous devons clairement affirmer qu’elle ne le fait pas par légitime défense, mais pour pouvoir jouer ce jeu à l’avenir.

Est-ce que « nous » en tirons une plus grande prospérité ? Non. Pas en Europe, et encore moins dans le Sud global, qui est déjà le jouet militaire et économique des différents blocs de pouvoir.

5/ « Que penser des tentatives de réintroduire le service militaire obligatoire, comme en Allemagne ? »

La logique économique de la bourgeoisie européenne n’est pas une fatalité. Certes, le chômage des jeunes reste un problème majeur. Le service militaire obligatoire peut y apporter un soulagement temporaire pour le marché du travail. Mais en réalité, cela revient à remplacer un problème par un autre. L’un des plus grands problèmes de l’Europe à long terme est en effet une pénurie insidieuse de nouveaux·elles travailleur·euse·s.

Dans de nombreux secteurs, les pays de l’UE n’ont déjà guère d’autre choix que d’assouplir les conditions de formation ou d’attirer des travailleur·euse·s immigré·e·s.

Une évolution vers un retour au service militaire obligatoire n’est donc pas souhaitable à long terme pour la bourgeoisie. À court terme, cela semble toutefois constituer pour les politicien·ne·s une alternative moins coûteuse aux grandes armées professionnelles.

Ce qui rend le service militaire si attrayant aux yeux de nombreux·ses dirigeant·e·s, c’est qu’il renforcerait la cohésion sociale d’un pays. Des personnes d’horizons différents doivent suivre ensemble une formation disciplinante. Cela renforce ainsi un sentiment d’appartenance nationale et de fierté.

Tout au long de l’histoire, les capitalistes ont toujours utilisé l’unité nationale comme une arme contre les mouvements sociaux trop critiques. Si l’on considère la question sous cet angle, on voit donc un projet de réconciliation des classes et, pour le dire de manière un peu dramatique, d’assujettissement à l’État-nation. Le service militaire n’est ainsi qu’une tentative idéologique parmi tant d’autres visant à stabiliser un système intrinsèquement instable.

Nous devons rejeter sans réserve un modèle de service militaire qui discipline, étouffe la critique sociale et érige la nation en bien suprême. Surtout sur un continent qui continue d’exploiter économiquement certaines parties du monde et qui, au détriment d’autrui, poursuit des intérêts géopolitiques étroitement liés à l’accès aux marchés et aux matières premières.

Le service militaire sert alors d’école aux idées pro-impérialistes.

6/ « Pourquoi la lutte contre le colonialisme est-elle liée à la lutte contre la militarisation ? » 

On peut envoyer autant de soldats au front qu’on veut. S’ils ne disposent pas d’armes modernes, ils ne serviront pas à grand-chose. Encore une fois, il est donc question de la production et de l’importation de matériel. Où l’industrie se les procure-t-elle ? Bauxite, cuivre, fer, terres rares… Ces matières premières sont nécessaires à la production de systèmes d’armement. En même temps, ces matières premières et d’autres sont souvent au cœur des conflits. Les puissances impérialistes que sont les États-Unis, l’UE et la Chine ne sont pas confrontées à ces conflits sur leur propre territoire. Elles les exportent par le biais de la concurrence interimpérialiste, dans laquelle des acteurs locaux peuvent servir de mandataires. 

Bon nombre des industries manufacturières en déclin en Europe disposent de tout le nécessaire pour fabriquer des batteries, des équipements de surveillance, des moteurs, etc. Des produits pour lesquels la demande est souvent en baisse sur les marchés traditionnels. La demande pour ces produits à des fins de défense est toutefois en hausse. Afin de promouvoir les exportations, les conditions d’exportation s’assouplissent dans plusieurs pays européens. Ainsi, en Europe, nous sommes en train de développer à un rythme effréné l’arsenal répressif de « régimes amis ». Volkswagen va supprimer 50 000 emplois en Allemagne d’ici 2030, mais a pu en sauver un certain nombre en devenant fournisseur de l’« Iron Dome » des sionistes. 

La Palestine sert depuis des décennies de terrain d’essai pour les armes. De nombreuses entreprises belges ont également des liens avec, par exemple, Elbit, le fournisseur attitré du génocide à Gaza. Le développement de la production d’armes ne fera que renforcer ces liens. 

Produire des armes signifie soit utiliser des armes, soit exporter des armes. Ces exportations passent souvent par des canaux clandestins ou illégaux, mais aussi souvent simplement par le biais d’une aide militaire directe fournie par les gouvernements. Au Soudan, les Émirats arabes unis, la Russie, la Chine, l’Égypte et d’autres puissances mondiales et régionales ont des intérêts. Ils fournissent tous des armes, parfois aux deux camps du conflit. Rheinmetall, Thales, Leonardo… La liste des entreprises européennes qui fournissent des armes à l’armée israélienne est longue. À notre avis, le nombre d’entreprises sur cette liste devrait être de 0. 

7/ « Comment défendre une alternative à la guerre et au capitalisme ? » 

On entend de plus en plus souvent dire que la Troisième Guerre mondiale a déjà commencé. Est-ce de l’alarmisme ? La manière dont une guerre sera décrite dans les livres d’histoire n’a pas beaucoup d’importance si c’est votre maison, votre rue, votre famille qui est bombardée. 

Parler d’une Troisième Guerre mondiale pour faire allusion à la Seconde Guerre mondiale n’est toutefois pas encore de mise. À l’heure actuelle, cela sert aussi un discours permettant aux dirigeants de nous mettre sous pression pour que nous choisissions « notre camp ». Contrairement aux années 1940, il n’y a pas encore aujourd’hui de confrontation directe entre les grandes puissances et, bien qu’il y ait un recentrage sur la défense, on ne parle pas de « guerre totale » ni d’« économies de guerre » (à l’exception de la Russie, selon les critères que l’on retient). 

Certains analystes de la défense parlent d’une guerre hybride, avec à la fois des conflits par procuration comme en Ukraine ou au Haut-Karabakh, et une augmentation considérable des cyberattaques et de l’ingérence politique. Dans ce contexte, les grandes puissances mondiales choisissent dans presque chaque conflit leur partenaire préféré pour défendre leurs propres intérêts. 

Dans les pays du Sud, la brutalité de l’ancien colonialisme est toujours bien vivante. On le voit dans les conséquences persistantes de la guerre civile syrienne, en Libye, au Soudan, au Kurdistan, au Liban, en Iran, au Congo… 

Dans ce contexte, défendre une alternative à la guerre et au colonialisme n’est pas évident. La brutalité des dirigeants capitalistes est souvent impitoyable dans ces conflits. Les actionnaires (gouvernements ou particuliers) des grandes entreprises qui gèrent les chaînes d’approvisionnement n’ont pas besoin de « valeurs démocratiques », mais uniquement de profits et de croissance. 

Défendre une alternative commence donc aujourd’hui par la résistance à la militarisation. C’est s’opposer à la construction de nouvelles usines d’armement et à la reconversion d’anciennes productions à des fins de défense. Nous avons des besoins plus que suffisants en matière d’infrastructures, de transports publics écologiques et d’énergie. 

La lutte anticoloniale est une seconde nécessité. Aucun pays ne doit plus être le jouet d’une quelconque grande puissance. Le droit à l’autodétermination pour chaque groupe national opprimé est essentiel à cet égard. L’autodétermination est aussi une autodétermination économique. Chaque année, les multinationales et les gouvernements soutirent illégalement 90 milliards de dollars au continent africain. Si l’on ajoute à cela l’extraction des profits vers l’étranger, on atteint un multiple de ce montant. Cet argent appartient aux travailleurs de là-bas ! 

Ce n’est qu’en plaçant le commerce international de tous les continents entre les mains de la classe ouvrière que nous pourrons mettre fin à ce pillage. 

Et si une guerre éclate ? Comment l’empêcher ?

En 1905, la Suède et la Norvège étaient sur le point d’entrer en guerre. La classe ouvrière l’a empêchée. Les travailleurs suédois ont menacé de déclencher une grève générale. Ils ont mené une campagne dans laquelle ils ont clairement fait savoir que s’ils étaient appelés à combattre, ils utiliseraient leurs armes contre leur propre gouvernement. Aujourd’hui encore, les mouvements qui osent faire grève, bloquer, défier les barrages militaires, voire saboter, sont les plus inspirants pour tous les opprimés. 

De nombreux témoignages montrent clairement que les Palestiniens, même au cœur d’une catastrophe humanitaire, puisent leur courage dans la solidarité internationale. Les grèves des dockers, les occupations menées par les étudiants et la flottille Sumud n’en sont que quelques exemples. 

C’est sur ces exemples radicaux qu’un nouveau mouvement anti-guerre peut s’appuyer. 

Pour vaincre l’impérialisme et les tendances fascistes, nous devons construire notre auto-organisation en tant que classe ouvrière diversifiée. Selon nous, il est nécessaire de mener une lutte révolutionnaire de la classe ouvrière et des communautés opprimées pour un autre système socialiste démocratique. Sur la base de cette lutte, nous pourrions reléguer les guerres impérialistes et l’oppression au passé.