La libération de l’Iran et de toute l’Asie occidentale. À bas le colonialisme, l’impérialisme et les tyran·ne·s

L’opération « Epic Fury » marque un nouveau chapitre sanglant dans l’histoire de l’Asie occidentale. Alors que les États-Unis et Israël prétendent éliminer la menace nucléaire, ils dissimulent la réalité brutale : il ne s’agit pas d’une opération de libération, mais d’une tentative agressive de restructurer les rapports de force mondiaux à leur avantage. Tandis que les dirigeant·e·s mondiaux·ales et les politicien·ne·s applaudissent les pluies de bombes, il est clair que les missiles qui s’abattent sur Téhéran et Qom font d’innombrables victimes civiles et causent des destructions massives. Les pratiques atroces employées dans le génocide palestinien se répandent désormais au Sud-Liban, à Téhéran… Les bombardements en Iran étouffent dans le sang et sous les décombres la lutte sociale légitime et nécessaire de la classe des travailleurs et des travailleuses iraniennes.

Arrêtez ce bain de sang. Stop à l’impérialisme. Pas d’intervention en Iran, Women Life Freedom.

Des conséquences dévastatrices : les bombes pour briser la résistance

Trump s’appuie sur la lutte acharnée des masses iraniennes pour vendre les intérêts de l’impérialisme comme une aide aux populations locales. Il est soutenu dans cette démarche par des personnalités et politicien·ne·s de droite pour qui le sort du peuple iranien est le dernier de leurs soucis, tout comme ils et elles niaient le génocide à Gaza. Au cours des derniers mois de résistance, les masses iraniennes ont particulièrement souffert de la répression du régime. C’est entièrement vers elles que s’oriente notre solidarité.

Ce n’est pas la première fois que l’impérialisme utilise le prétexte de venir en aide à la population. Cela s’est également produit en Afghanistan, en Libye et en Syrie, et il s’agit là encore d’une invention coloniale : la colonisation prétendait « aider » les populations à grands coups « de processus de civilisation » et « d’éducation » paternaliste.

Une des conséquences les plus directes et tragiques de cette intervention impérialiste est la destruction de la résistance sociale. La guerre prive d’abord la résistance de son auto-organisation. Lorsque les personnes sont contraintes de passer en mode survie – à la recherche de nourriture, d’eau et de sécurité sous une pluie de bombes – leur priorité immédiate n’est plus la lutte sociale contre le régime.

La population iranienne est doublement victime : d’une part victime de la répression d’un régime théocratique tyrannique qui a tué au moins 7 000 manifestant·e·s en janvier, et d’autre part victime de puissances impérialistes étrangères qui réduisent leur pays à un champ de guerre pour le pouvoir. On ne peut pas bombarder une société pour la libérer et la démocratiser. L’histoire en Irak, en Afghanistan et en Syrie nous enseigne que les bombes américaines ne mènent qu’au chaos et à la tyrannie, et que toute la classe des travailleurs et des travailleuses, en particulier les femmes et les groupes les plus vulnérables, en sort grandement fragilisée.

« L’ option vénézuélienne » et l’arrogance du trumpisme

Le motif dominant derrière cette opération est l’impérialisme américano-israélien qui y voit des opportunités, sans aucun intérêt pour la démocratie. La soi-disante « option vénézuélienne » suggère que Trump et Netanyahu espèrent une « décapitation » rapide du régime, une destruction de ses infrastructures, pour ensuite conclure un accord avec les restes de la Garde révolutionnaire. Comme au Venezuela, ils préservent ainsi leurs propres intérêts, sans changement réel dans l’establishment politique. Le régime israélien profite de cette situation pour renforcer encore plus explicitement son pouvoir exclusif dans la région. Dans cette optique, un effondrement du régime iranien est particulièrement intéressant.

Cette approche dénote d’un mépris colonial pour l’autodétermination du peuple iranien. Le soutien purement symbolique de Trump à la résistance iranienne est de mauvais goût. La seule chose qui l’intéresse, c’est un régime vassal garantissant les intérêts américains et sionistes : le contrôle des réserves de pétrole et de gaz ainsi que du détroit stratégique d’Ormuz. Les 90 millions d’Iraniens ne sont que des pions dans une tentative de placer toute la région sous contrôle sioniste et américain.

Cette politique impérialiste brutale s’inscrit dans une nouvelle ère de désordre, marquée par l’intensification des conflits impérialistes et du protectionnisme. Elle découle du ralentissement de la croissance et des crises multiples et plus aiguës du capitalisme. Cette période chaotique, marquée par le militarisme, les chocs économiques et la guerre, fait suite à la fin de l’ère de la mondialisation et du libre-échange. Les États-Unis semblaient être la seule superpuissance mondiale, mais cette ère a pris fin avec l’émergence du capitalisme d’Etat en Chine. Avec sa prise de pouvoir impérialiste au Venezuela, sa tentative en Iran, sa revendication sur le Groenland, l’étranglement économique de Cuba… l’impérialisme américain se positionne face à l’autre axe capitaliste concurrent : celui de la Chine,  de la Russie et leurs « allié·e·s ». La lutte pour l’accès aux matières premières, le contrôle des marchés et de la production devient de plus en plus intense et sanglante.

Méthodes coloniales : diviser pour régner

Un élément essentiel de la stratégie impérialiste est d’utiliser des méthodes coloniales pour diviser la population. L’histoire de l’Iran est marquée par de telles ingérences, culminant avec le coup d’État de 1953 soutenu par la CIA contre le Premier ministre démocratiquement élu Mosaddeq. Aujourd’hui, la même dynamique se répète : l’impérialisme tente de monter les populations, les religions et les groupes sociaux les un·e·s contre les autres afin d’empêcher toute unité de classe qui pourrait menacer sa domination.

Les minorités opprimées, comme les Kurdes, n’obtiendront pas leur liberté et leur autodétermination dans le cadre d’un plan impérialiste dirigé par les États-Unis. Elles ont déjà été trahies à plusieurs reprises par ce même impérialisme, qui ne se soucie guère des droits démocratiques ou du droit à l’autodétermination.

La véritable liberté et l’autodétermination exigent une rupture avec le capitalisme et l’impérialisme. Seule une transition révolutionnaire vers une société d’autogestion démocratique – dans les communautés et sur les lieux de travail, liées par la solidarité – peut poser les bases de cette liberté. Une transformation socialiste de la région n’est possible que si tous les peuples opprimés réalisent leur droit à l’autodétermination dans un cadre libre et démocratique.

Solidarité intersectionnelle : la seule issue

Face à la logique des bombes et de la division, il faut une approche intersectionnelle de la solidarité. Par intersectionnel, nous entendons la reconnaissance que l’exploitation de classe et les autres systèmes d’oppression se renforcent mutuellement sous le capitalisme. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî), né en Iran, constitue une base essentielle. Ce mouvement, qui rassemble les victimes de toutes les formes d’oppression et d’exploitation, peut servir de fondement à une lutte anti-impérialiste. Il unit l’oppression des femmes, les revendications économiques et la lutte des minorités nationales. Il a le potentiel d’unir les opprimé·e·s contre l’impérialisme, le capitalisme et les tyran·ne·s locaux·ales.

Notre solidarité avec la résistance contre la guerre et la dictature n’est ni abstraite ni performative. Elle soutient l’auto-organisation indépendante des masses. Cela signifie :

  1. Défense inconditionnelle du mouvement contre l’impérialisme : « Ne touchez pas à l’Iran. Stop à la guerre ! »
  2. Pas de soutien au régime iranien : la solidarité avec les travailleur·euse·s et les opprimé·e·s implique de soutenir leur lutte contre la dictature théocratique. Nous rejetons le faux choix entre les différents « camps » des oppresseur·euse·s. Soutien aux organisations indépendantes de résistance sociale, des syndicats au mouvement « Femme, Vie, Liberté ».
  3. Mener la lutte contre nos propres gouvernements qui facilitent cette agression. Stop au trumpisme, à l’échelle internationale mais aussi en Belgique.
  4. Solidartié avec tous·tes les opprimé·e·s : travailleurs·euse·s du secteur pétrolier, femmes rejetant le voile, Kurdes et Palestinien·ne·s. Leur libération est indissociable, et c’est une lutte commune contre l’oppression capitaliste.

Conclusion : un avenir sans tyran·ne·s

La voie vers une Asie occidentale libre ne passe ni par Washington ni par les bunkers du guide suprême. L’escalade actuelle menace de plonger la région dans un chaos qui durera des décennies, comparable à celui de la Libye ou de l’Irak. Les plus vulnérables en paieront le prix.

La véritable libération ne peut venir que de l’intérieur, portée par un mouvement refusant la monarchie et la théocratie. La solidarité est notre arme la plus puissante. Elle reconnaît que la lutte de l’étudiant·e à Téhéran, du·de la travailleur·euse dans la raffinerie et du·de la militant·e dans la diaspora est une seule et même lutte : une lutte pour une existence digne, libérée de l’exploitation capitaliste et de l’agression impérialiste. Ce n’est qu’en forgeant cette unité intersectionnelle que nous pourrons briser le cycle de la violence et construire un monde où les peuples écrivent eux-mêmes leur histoire.

Nous utilisons le terme « Asie occidentale » plutôt que « Moyen-Orient ». Le terme « Moyen-Orient » est un terme colonial et eurocentré. Il ne décrit pas l’emplacement de la région, mais sa distance par rapport à l’Europe. « Asie occidentale », en revanche, est un terme géographiquement neutre : il désigne simplement la partie occidentale du continent asiatique.